S’étant rendu compte que les salésiens prêtres, dans leur mission pour la jeunesse, ne pouvaient pas réaliser certaines choses du fait de leur statut sacerdotal, Don Bosco avait pensé à un autre profil de salésien : le salésien frère, communément connu comme salésien coadjuteur. En effet, à cette époque, en Europe, à cause de l’anti- cléricalisme, il existait des endroits où les prêtres n’arrivaient pas, alors les salésiens coadjuteurs y allaient à leur place. Lors de sa visite au noviciat des coadjuteurs à San Benigno Canavese le 19 octobre 1883, Don Bosco dit aux novices coadjuteurs ;

«  Il y a des choses que les abbés et les prêtres ne peuvent faire, et c’est vous qui les ferez. J’ai besoin de pouvoir prendre l’un d’entre vous, l’envoyer dans une typographie et lui dire : tu dois t’en occuper et la faire marcher comme il faut […]. J’ai besoin d’avoir donc dans la maison quelqu’un à qui il soit possible de confier les choses importantes, le maniement de l’argent, le contentieux ; qui représente la maison au dehors … »

 Don Bosco a voulu donné à ses Salésiens frères l’appellation de « coadjuteur » parce qu’ il voyait en lui celui qui « assiste » le prêtre. Contrairement à certaines congrégations masculines où les frères formaient une sorte de classe inférieure en charge des tâches matérielles et domestiques, Don Bosco a toujours donné de grandes responsabilités à ses confrères coadjuteurs. Comme exemple, je cite Giuseppe Rossi qui menait les négociations et signait les contrats au nom de Don Bosco ; Andrea Pelazza, placé à la tète de l’imprimerie et d’autres.

Face à la suggestion de certains Salésiens prêtres, contrariés par le fait que de nombreux coadjuteurs occupaient des charges et positions importantes,  que les coadjuteurs doivent rester à une place inférieure et qu’il faut faire d’eux une catégorie à part,  Don Bosco s’opposa vigoureusement  «  Non, non et non, les confrères coadjuteurs sont comme les autres (les prêtres). » 

Pour Don Bosco, le Salésien coadjuteur et le Salésien prêtre sont au même niveau et ont les mêmes droits dans la congrégation. Ils se complètent. Le Salésien coadjuteur soutient à fond la mission éducative salésienne. Grâce à sa présence dans la maison salésienne, plusieurs problèmes trouvent leur solution, par exemple la gestion des ateliers, des écoles, et des biens de la communauté. Personnellement, je suis convaincu que les Salésiens coadjuteurs sont comme les mamans dans les foyers. Ils ont l’œil sur presque toute chose dans la communauté. Ce sont de vrais fils de Don Bosco. Ils associent les capacités techniques et pédagogiques dont a besoin Don Bosco. 

Le Frère Jean Paul Muller, Salésien coadjuteur,  Économe Général de la Congrégation salésienne, lors de la session d’été 2016 du Conseil Général à Rome  au cours d’une réflexion  sur la vocation du Salésien coadjuteur, affirmait ceci : « le Salésien coadjuteur est comme le « YOUCAT salésien  » d’aujourd’hui. Ce qui signifie qu’il est l’expression réelle du catéchisme, mis en pratique dans toutes les activités de la journée. Il s’ensuit qu’il est l’acteur vivant de l’Evangile et des valeurs éthiques et morales salésienne. Quand nous pensons au Salésien coadjuteur, je pense à la métaphore ou à la parabole de l’eau : le Salésien coadjuteur est comme l’eau, avec sa capacité de se répandre, de se réduire pour s’infiltrer partout. Ainsi le coadjuteur peut se diffuser dans toute réalité ou espace juvénile. Il peut aussi faire surgir une spiritualité de ces espaces difficiles où il travaille, en y apportant espérance et salut. »

Finalement, pour Don Bosco le coadjuteur était bien plus que « l’homme à tout faire » ou « le domestique » au service des prêtres. Et reconnaissant  leur grande valeur dans la congrégation salésienne, il s’est toujours battu pour les protéger et pour que leur nombre augmente.  

Prions que le Seigneur, le  maître de la moisson, continue à envoyer de nombreux et bons coadjuteurs dans la société salésienne pour la gloire de Dieu et le salut de la jeunesse.

                                                                                Cyprian Mbaziira, sdb, coadjuteur